Quatième de couverture

« J'ai fait de ma fille un être de papier. J'ai tous les soirs transformé mon bureau en théâtre d'encre où se jouaient encore ses aventures inventées. Le point final est posé. J'ai rangé le livre avec les autres. Les mots ne sont plus d'aucun secours. Je fais ce rêve. Au matin, elle m'appelle de sa voix gaie au réveil. Je monte jusqu'à sa chambre. Elle est faible et souriante. Nous disons quelques mots ordinaires. Elle ne peut plus descendre seule l'escalier. Je la prends dans mes bras. Je soulève son corps infiniment léger. Sa main gauche s'accroche à mon épaule, elle glisse autour de moi son bras droit et dans le creux de mon cou je sens la présence tendre de sa tête nue. Me tenant à la rampe, la portant, je l'emmène avec moi. Et une fois encore, vers la vie, nous descendons les marches raides de l'escalier de bois rouge. »

 

Ma note @@@@@

 

Mon avis

 

Si j'ai envie de vous faire découvrir ce livre, c'est que c'est l'un des plus "vrais" que j'ai pu lire sur le deuil, sur le désenfantement...
L'Enfant Eterrnel est le premier roman de Philippe Forest.
Ce n'est pourtant pas le premier ouvrage de ce Docteur ès Lettres qui a enseigné des deux côté de la Manche.
Depuis 1989 il a publié un dizaine d'essais sur la littérature.

 

L'Enfant Eternel, publié en 1997, reçoit le prix Femina du premier roman.

 Mais pourquoi aller écrire un roman à 35 ans après une bibliographie si sérieuse?
C'est que ce roman n'est pas si romanesque que ça...C'est plus une autobigraphie...
Comme il le dit lui-même : « J'ajoute, je retranche. Je ne raconte pas. Je dispose des images à plat sur la table de bois ».

 Dans ce livre, l'auteur ne nous raconte pas donc...La vie et la maladie de sa fille.Le livre commence par une citation de Peter Pan de J.M.Barrie.
Le premier chapitre par « Two is the beginning of the end », « Deux est le commencement de la fin ».L'ouvrage est divisé en neuf chapitres.
Tous débutent par une citation de Peter Pan...
Chaque chapitre en neuf sous-chapitres, sauf le dernier...L'histoire est très simple (si on peut dire...).
Il y a Papa, Pauline et Maman (nous n'apprendrons que tard qu'elle se prénomme Alice).
Tous trois vivent très heureux. Mais Pauline va tomber malade à la veille de ses trois ans.
Un cancer.
Pauline n'aura jamais cinq ans...La présentation est quelque peu abrupte mais ce livre l'est aussi...
L'auteur ne nous mène pas doucement vers un dénouement que l'on souhaiterait heureux.
Non, on sait tout de suite que Pauline est morte. Non, il n'y a pas de suspens.Ce livre nous offre le témoignage d'un père blessé par la disparition trop brutale de sa fille.En écrivant il continue de la faire vivre... « J'ai fait de ma fille un être de papier », même si « Ecrire est une magie vaine...Ecrire ne rend pas la vie aux morts...Ecrire ajoute encore un peu à la honte d'être resté vivant ».

 Même si le livre possède une réelle structure, le découpage en chapitres n'est pas vraiment important.
L'auteur nous livre sans pudeur le quotidien de son enfant. Sa maladie, bien sûr, mais sa vie d'enfant, surtout.
Il se souvient des phrases, des instants de vie de Pauline. Il nous les offre... « L'enfant qui meurt est éternel ».
Il nous décrit les paysages traversés même si « La mort n'efface pas toute la beauté du monde. Elle la rend juste inutile ».Ce livre m' énormément touchée...
Au fil de la lecture, Philippe Forest met des mots sur mes maux... « La longue année où mourut notre fille fut la plus belle de ma vie. Il n'y en aura jamais de semblable. Cette douceur dans l'horreur nous sera ôtée. »

 Ses propos sonnent si justes...
Ainsi quand il parle du comportement des proches face à la maladie, à la mort : « La mort d'un enfant est un spectacle rare. Vous faites salle comble. Vous jouez à guichets fermés.[...]Mais le rideau ne tombe pas. Faites un effort! La représentation s'éternise. Dans la salle on commence à siffler. Bientôt, on vous hue. ».

 Le dernier voyage de Pauline sera au pays de Mickey « Nous avons fait rêver Pauline au cours des soirées à l'hôpital en lui promettant, dès que possible, de l'emmener au Pays de Mickey »...Au mois de février...Et son père de lui mentir, et de lui promettre d'y revenir...

 Philippe Forest nous avoue sa honte de ces mensonges à sa fille. Mensonges pour justifier les opérations, la douleur.
Mensonges pour obliger son enfant à se battre contre la maladie, à ne pas se laisser aller.

 Il nous avoue sa honte d'être resté vivant.
Sa culpabilité aussi... « Nous pensions transmettre la vie que nous avions reçue et c'est la mort que nous avons donnée. ».

 L'enseignant n'est pourtant pas très loin et ce livre est truffé de référence littéraires sur Joyce, Mallarmé, Hugo, Camus...

 Dans son livre, Philippe Forest opère sans « pathos ». C'est objectif, détaillé, émaillé de tranches de vie et de références à de grands auteurs.
Le récit va donner tous les détails de la maladie, des traitements, des espoirs des parents, du comportement des médecins...
Sans lourdeurs, ponctué par les réflexions de Pauline qui semble toujours aussi vivante...

 C'est très certainement cette objectivité qui rend ce « roman » si fort.
Ses émotions, la douleur pure qui confine à la folie, il nous les livrera dans un autre texte intitulé Toute La Nuit en 1999.