Couverture Trilogie Tokyo, tome 1 : Tokyo Année Zéro

Quatrième de couverture

Août 1945. Dans Tokyo en ruines, le corps d’une femme, probablement assassinée, est découvert. Personne ne veut prendre en charge cet énième cadavre car la ville est déjà un charnier. L’inspecteur Minami s’acquitte de la macabre mission, mais l’année suivante, il fait deux découvertes similaires. C’est le début d’une enquête qui, pour cet homme brisé par son passé de soldat et rongé par la culpabilité, prend aussi la forme d’une auto-investigation, d’une recherche de sa propre identité perdue dans le désastre de la guerre.
Inspiré par un fait divers réel, l’exécution en 1949 d’un certain Kodaira Yoshio pour le viol et le meurtre de plusieurs femmes, David Peace a choisi de « dépeindre une époque à travers les crimes qu’elle engendre ». L’année zéro, c’est celle de la chute du Japon et de l’Apocalypse nucléaire, mais aussi le point de départ à partir duquel il faudra tout reconstruire. Thriller hypnotique et visionnaire, tragédie à la Kurosawa, Tokyo année zéro est le premier volume d’une trilogie consacrée au Tokyo de l’après-guerre.

 

Ma note @@@@@

 

Mon avis


Difficile de parler de ce livre tant il m'a remuée...

L'histoire commence en 1945, jour de la capitulation du Japon et est basé sur un fait divers réel.

Une jeune femme est découverte et semble avoir été violée et étranglée. L'inspecteur Minami est alors chargé de l'enquête.Un an plus tard, on découvre d'autres corps et c'est tout naturellemment Minami qui reprend l'enquête. L'investigation va durer 14 jours. Le livre comporte 14 chapitres.

Nous sommes dans le Tokyo d'après guerre. Les murs animés d'écrans de Shibuya ne sont pas encore sortis de terre."Mais les rivières et les rues de Tokyo empestent toujours la pisse et la merde, le choléra et le typhus, la maladie et la mort, la mort et le chagrin.""Tout le monde parle des cendres de millions de Victimes de guerre qui n'ont pas été réclamées,"

Jusque là nous sommes dans du polar tout ce qu'il y a de plus classique. Il y a pourtant deux choses qui ne sont pas classiques dans ce livre. La première c'est le style. En lisant j'ai pensé à Céline dans "Féerie pour une autre fois" et à Faulkner dans "Le bruit et la fureur", le passage sans ponctuation qui exprime les pensées de l'idiot.

Ici, les phrases sont minimalistes. Sujet, verbe, complément. On est très proche de la langue japonaise, c'est brut, sans fioritures. C'est froid et tranchant comme une lame de rasoir. C'est l'inspecteur Minami qui parle... Et se parle! Tout le récit est entrecoupé des sentiments, des impressions de Minami et d'onomatopée japonaises. L'inspecteur est extrêmement perturbé mais ce n'est qu'à la fin que l'on saura pourquoi...( J'ai échafaudé plein de scénarios, aucun n'était le bon!). Le récit est écrit en lettres droites, les pensées de Minami sont en italiques.

Et puis parfois, on passe de nos phrases taillées à la serpe pour des monologues divagatoires d'où on ne démêle plus le récit du dialogue intérieur, l'italique est de plus en plus présent. Les angoisses du protagoniste aussi.

"Je ne veux pas me souvenir. Mais, dans la pénombre… Dans la pénombre, je ne peux pas oublier."

Son discours est obsessionnel et répétitif "Tous les jours, tous les jours, tous les jours… Nous tournons les pages de nos journaux et pensons à la nourriture… Tous les jours, tous les jours, tous les jours… Et nous attendons, attendons encore… Tous les jours, tous les jours… " Et cette schizophrénie, petit à petit nous gagne. Nous aussi finissons pas nous gratter, par entendre le bruit des marteaux. On se sent moite avec lui dans cette ville privée de tout sauf de vermine. "Il y avait autrefois, ici, des gares de triage. Des entreprises familiales. Des boutiques de bicyclettes. Des maisons. Désormais, il n'y a plus que des ruines calcinées ".

Devant tant d'horreur Minami nous livre "J'ai honte d'être policier, honte d'être japonais… "

 

J'ai adoré ce livre que j'ai pourtant failli lâcher dans les cinquante premières pages. Lire en fermant les yeux n'est pas facile mais ce serait l'idéal. Il faut se laisser happer par ce tourbillon, écouter sa  musique, ne faire qu'un avec Minami. Il y a des livres dont on oublie presque tout après les avoir refermés. Tokyo année zéro est de ces livres que l'on n'oublie jamais.

12/08/2012

cri